Vernissage Le Jeudi 8 Mai 2008 à partir de 19 heures

Exposition du 8 Mai au 24 Mai 2008

Mouad YEBARI

La Chance du tableau

Cette volonté de rester debout malgré la fatigue de la vie. La cheminée qui annonce une fumée grise. Un trou qui n’était qu’une fente dans le mur, si étroite qu’il était impossible de s’y introduire pour fuir. Il faut se méfier des demeures. Qui sait ce qui s’y passe car elles ne sont pas toujours hospitalières ? Elles peuvent être récalcitrantes, désinvoltes, hantées.

 

Penser tout à la fois ne peut être que bouleversant. Ce sont les idées qui se détournent d’elles-mêmes et qui s’épuisent de l’intérieur. Penser et souffrir sont liés d’une manière secrète. Ce sont des signes à déchiffrer dans les tableaux récents de Mouad Yebari. Mais il ne faut pas trop se précipiter dans ce genre d’atmosphère, même si elle fait partie d’un vécu et de l’image, de l’obscurité et de la lumière, des couleurs et de leur absence, de la vie et du néant. Ici, il est question d’une mort douce qui s’écoule dans le temps. Ne restent que quelques heures pour remettre tout à sa place dans la vie qui deviendra vide et dont il convient de fermer doucement la porte en n’emportant que la mémoire.

 

Sauter du socle peint, de l’ancien dans un nouveau, exige beaucoup de force. Les traces de pas dans la poussière rejoignent la terre qui mène on ne sait où.
La forme du socle est récurrente. Il pourrait être une stèle funéraire ou un siège sur lequel on s’assied pour assister à la cérémonie de la musique du silence.
Ensuite, on monte sur l’échelle pour scruter l’horizon.
La femme est seule, hiératique et majestueuse. Elle ne bouge pas en pensant à la mort et à la renaissance.
Elle parcourt l’espace qui représente le passé et l’autre qui est le futur en même temps. Elle se dissout presque dans la brume. Là est la frontière entre le grand et le petit, le macrocosme et le microcosme. Toujours le haut et le bas correspondent à distance. Il y a à présent un virage dans le travail de Mouad, comme s’il retournait une forme pour en révéler l’intérieur. Il suffit de regarder le corps nu de la femme, légèrement décentré dans la composition du tableau.

 

Les seins, également nus et immédiatement reconnaissables, portent néanmoins quelque chose qui les engage dans un contexte particulier, clairement ambigu et translatif. Contrairement à leurs formes naturellement arrondies et sensuelles, ils sont entourés de lignes sauvages, des griffes sur un mur, menaçantes comme des fils de fer. L’attraction et la répulsion cachent quelque chose. Pourquoi pas l’évidence du sein ? L’attirance de Mouad renvoie à l’érotisme qu’aujourd’hui il tente de dissimuler. Cette approche du sujet est d’autant plus surprenante que, contrairement à la volonté de l’artiste, elle attire
particulièrement l’attention.

 

Cette façon étrange d’exprimer la réalité se retrouve dans d’autres éléments du tableau. En face de la femme apparaît la présence presque translucide d’une maison. Ce n’est sans doute pas un hasard si le toit est peint comme un croissant de lune. C’est encore une forme qui revient dans le travail de Mouad. Les habitations n’ont ni murs ni fenêtres ni portes. L’intérieur est l’extérieur. Il est offert mais n’existe pas. Tout est à inventer. Avant s’y trouvaient parfois une chaise, un semblant de table. A présent ces traces ont disparu. Elles sont ce qu’elles étaient l’instant d’avant, un peu mortes à elles-mêmes, fondues dans la lumière de l’aurore.

 

Et pourtant, tout est là. La relation entre la forme féminine qui parfois n’a pas de tête pour des raisons de composition et la maison transparente est intense et nécessaire. La femme est la vestale du feu et la fée du logis qui donne aussi ainsi une signification et une présence à la vie de l’homme. Elle dialogue avec la maison et donne tout son sens au foyer. La fragilité en est peinte. Des pilotis sortis de terre portent cet espace qui est un indispensable lieu de refuge. C’est aussi un jeu entre le blanc diaphane et l’animation des autres couleurs. Les sensations éveillées par la composition ne sont pas les mêmes que celles de l’instant d’avant ou d’après. Le blanc n’est ni une inertie ni un caprice, mais une nécessité de la réalité de l’oeuvre, donc de sa vie et de sa survie. La résistance à la mort est quotidienne, longue et parfois désespérée. Quand les yeux se ferment doucement, les couleurs se transforment. Vues à travers le voile des paupières, elles se diluent dans la lumière jusqu’à l’extinction. Mais la clarté est prête à reprendre son vol. et la maison transparente est intense et nécessaire. La femme est la vestale du feu et la fée du logis qui donne aussi ainsi une signification et une présence à la vie de l’homme. Elle dialogue avec la maison et donne tout son sens au foyer. La fragilité en est peinte. Des pilotis sortis de terre portent cet espace qui est un indispensable lieu de refuge. C’est aussi un jeu entre le blanc diaphane et l’animation des autres couleurs. Les sensations éveillées par la composition ne sont pas les mêmes que celles de l’instant d’avant ou d’après.

 

Le blanc n’est ni une inertie ni un caprice, mais une nécessité de la réalité de l’oeuvre, donc de sa vie et de sa survie. La résistance à la mort est quotidienne, longue et parfois désespérée. Quand les yeux se ferment doucement, les couleurs se transforment. Vues à travers le voile des paupières, elles se diluent dans la lumière jusqu’à l’extinction. Mais la clarté est prête à reprendre son vol. La sensation des couleurs a changé. Elles sont comme les ailes d’un oiseau blanc qui vole dans des nuages d’une teinte analogue. Omniprésent précédemment le bleu a complètement disparu. Plus rien n’en donne le présage. Mouad ignore pourquoi. Par contre, le rouge a résisté, mais il s’est subtilement dissous dans la matière tout en participant toujours à la palette. La surface est épaisse,en couches successives depuis la trame qui reste par moments visible. Cette densité est celle du corps du tableau et de sa peinture, de son application sur la toile. Mouad veut rendre la peinture complexe. Il la manipule et lui fait des tours de passe-passe.

 

Au jour où la lumière a presque effacé le réel, où la stèle ne porte plus d’ombre, vient le moment d’un temps d’arrêt pour s’imbiber de silence. C’est alors que la stèle joue sa propre présence pour devenir les liens entre le passé et le futur, la mémoire et l’avenir. Lesquels ? Elle était le linceul monté vers le ciel dans la brume hivernale, sorti de la mer comme un brouillard blanchâtre. Elle sera quelqu’un qui se dirige vers une maison dont il va occuper une chambre pendant quelque temps. Il déplace le lampadaire afin de modifier l’éclairage. La lumière sur les murs et au plafond transforme les couleurs. Il apprivoise la pièce qui lui semblait d’abord distante. Elle n’est plus la chambre hostile du premier soir et devient réelle et proche. Il pense à son foyer qu’il imagine avec chaleur, fragilité et tendresse.

 

Les couleurs blanches, balayées par le vent, portent la chance de la peinture. Les mots prétendent en exprimer la pensée, mais ils la trompent en même temps. C’est le travail de Mouad qui crée cette ambiguïté autant que des phrases écrites. La grande présence du blanc et aussi du grège dans la matière suggère mille et un récits. Tous convergent vers la femme, cet être énigmatique né dans le tableau. Mais les mots nous conduisent mal quand il s’agit de serrer d’assez près ce qui se passe sur la toile. Ils éclatent et sont hasardeux, tandis que des tableaux émergent des évidences.

Jean-Pierre Van Tieghem
Assilah, le 25 mai 2007

 

Galerie Nadar
5, rue Al Manaziz - Maârif - 21 100 Casablanca
Tél. : 022 23 69 00 - E-mail : galerienadar@gmail.com
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