Emotions partagées

Avec le  soutien du comité national monégasque de la AIAP  de l’UNESCO, le groupe d’Amitiés Maroc Monaco en collaboration avec l’association marocaine Arkane pour la formation de l’Art et la sauvegarde du patrimoine, organise «  Emotions partagées », une exposition d’artistes peintres marocains de renom: Abdellah El Hariri, Abderrahmane Ouardane, Leila Cherkaoui, et Said Raji et ce du 03 au 17 septembre 2009 à l’atelier du comité monegasque de la AIAP  de l’UNESCO (10, quai Antoine 1er  98000 Monaco).
Monaco-expoCette initiative,  qui sera précédée par une conférence le lundi 1 septembre 2009,  intervient dans le cadre des efforts déployés par le groupe d’Amitiés Maroc Monaco  en vue de rapprocher les cultures des pays des deux rives de la méditerranée et de promouvoir des relations d’échange et d’amitié entre la Principauté et le Maroc.
La renommée des artistes marocains  proposés et la qualité créative des oeuvres exposées devront permettre d’ouvrir une fenêtre lumineuse sur les arts plastiques en tant qu’un aspect fascinant du patrimoine culturel moderne : «  Quelle belle aventure donc que cette rencontre spirituelle sur le sol de la Principauté. Tout est dans le plaisir de l’échange et la pertinence de la créativité. A travers cette exposition, nous partageons nos émotions et nous  renforçons le dialogue entre les culture », confié à Libé Abderrahmane Ouardane, président de l’Association Arkane.  En effet, depuis plus d’un demi- siècle, fortement imprégnés d’une tradition millénaire et résolument tournés vers l’avenir, les arts plastiques n’ont cessé d’évoluer et d’imposer une présence notable à l’échelle internationale. D’ailleurs la trentaine d’oeuvres exposées traduisent avec force le lien intime qu’entretient la création plastique marocaine avec le patrimoine traditionnel et le souci inaliénable de parler le langage universel des temps modernes. Grande figure de l’art abstrait, Abdellah El Hariri a l’art d’instrumentaliser lignes, nuances et signes pour en faire  un langage sacré qui plonge dans une sphère de spiritualité magique et imprime des émotions indicibles. La démarche plastique de cet artiste   relève de la liberté gestuelle, voire lyrique et loin de tout  usage ornemental des motifs calligraphiques et architecturaux. Il s’agit d’une scénographie chromatique qui  crée une festivité de couleurs et de formes variées et débordantes. L’artiste gère sciemment l’espace de la toile et la soumet à une tension permanente, celle qui anime la vision artistique du peintre et le maintient dans un équilibre problématique. Les œuvres de ce peintre se veulent l’association entre  archétypes ancestraux et abstraction contemporaine.  Il marie merveilleusement les signes et les symboles immémoriaux des profondeurs  de son territoire imaginaire, avec les apports des courants artistiques venus d’ailleurs. Ici, l’artiste crée un nouveau langage visuel, dynamique et tendu vers l’inconnu. Cette transfiguration poétique du patrimoine est, en ce sens, une entreprise éminemment moderne. Ses nouvelles formes qui nous éblouissent par leur lumière et leur fraîcheur ne naissent donc pas du néant. Elles sont le résultat d’un travail sur la mémoire d’artistes transfigurant le réel dans l’univers symbolique du signe. Quant à Abderrahmane Ouardane, artiste chercheur, arpente les méandres de ses origines berbères et traite de manière diabolique les signes, les symboles et les allégories pour en extraire les marques indélébiles d’une culture ancestrale… Matières, collages, formes, signes …Autant de repères   visuels incarnent  des valeurs émotionnelles, et que l’artiste étale entre transparence et opacité.  Il s’agit des textures   plastiques  pluriels  qui suggèrent une série de compositions inspirées de notre terroir. Chaque création est un univers labyrinthique où s’entremêlent signes, symboles et rythmes ; un univers original   qui décompose l’ordre objectif pour recomposer un monde subjectif conforme à ses états d’âme et à ses introspections. Les matières qu’il utilise sont une alchimie des traces , mêlant peinture à l’huile, au safran, passant par les pigments naturels, alliant poudre, sable, écorce de noyer…tout ingrédient pouvant exprimer au mieux ses attentes.
Ouardane a toujours aimé capter les traces indélébiles de la mémoire vouées à l’effacement, en  revisitant  les espaces  suspendus entre l’oubli et la réminiscence, propices à la réflexion  et à la méditation. Marquée à jamais par ses souvenirs d’enfance, Leila Cherkaoui ressuscite l’âme des mémorables quartiers de l’ancienne médina. Elle nous plonge dans la solitude des arcades historiques de ses ancêtres et brave à coups de pinceaux vifs, tous ces moments forts qui ont gravé profondément sa mémoire. Artiste  hypersensible  et discrète, Leila  capte  les mystères de la lumière et  transcende  les apparences du réel  pour nous dévoiler l’esthétique des  états épurés et  le désir de spiritualiser la peinture néo figurative,  tout en traduisant des éléments   latents et nostalgique  de notre vécu  qui font référence aux rêves.
Pour sa part, Said Raji, peintre à la marque sûre et au geste fougueux, nous propose des créations imposantes qui traitent le phénomène de la mémoire dans son rapport à l’espace. Il livre à chaque fois une guerre acharnée aux ténèbres et tente, sans cesse, d’arracher cette précieuse lumière qui donne sens, force et magie à ses oeuvres. Dans ses récents travaux, on décèle   un  style   fondé sur la spontanéité du geste et la notion de la vitesse, ce qui  dynamise davantage la surface de la toile dans une organisation informelle proche des artistes abstraits : « Je pense tout simplement qu’il faut respecter le récepteur en lui offrant un travail de qualité de façon à pouvoir le fidéliser, ce qui donne plus d’assurance et de continuité. », affirme l’artiste. Chaque touche  se veut une note polyphonique qui  participe à l’élaboration  des lignes de force, du mouvement ascendant de « croisée des chemins » ou de ses états d’âme « entre  le dedans et le dehors  », en entraînant l’œil dans le labyrinthe des gestes qui nous font pénétrer dans les espaces intérieurs. Nouveau tournent stylistique dans son parcours pictural, la peinture de  Raji  se veut  non allusive mais toujours connotative. Elle structure la surface par la vie des touches, dans un esprit qui symbolise «  le retour au  source  » et l’esprit d’une nouvelle sensibilité.

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