Vernissage le Mardi 17 Novembre  2009 à 18H30

Mohamed-SanoussiMohamed Sanoussi (1953, Essaouira), a fait du corps, essentiellement féminin, un élément majeur de sa peinture. Depuis plusieurs années, c’est ce corps, qu’il montre ou cache, qui permet la construction de ses tableaux, qui fait leur architecture. C’est le fil conducteur de sa pensée picturale.
Dans cette exposition à la galerie Memoarts, Mohamed Sanoussi confirme sa philosophie du corps : quand il montre le corps de la femme, c’est de celui de l’homme aussi dont il est question, mais aussi de l’existence et de toutes ses dualités. « Le corps devient un élément de mesure qui définit notre approche à la vie. Il est la composante de cette fraction qu’est la vie. Chaque société à un rapport spécifique qui la lie au corps. Autrement dit, le corps est défini par la pensée portée sur lui et par les lois esthétiques de la société», dit l’artiste lui-même.

Variations sur le corps
     Depuis quelques années le peintre Mohamed Sanoussi a évolué dans son travail vers la fusion des éléments abstraits avec tout un jeu avec les figurations corporelles. Il s’agit d’une volonté continue d’imaginer l’espace, les volumes, les tracés, la gestuelle dans de nouveaux rapports avec l’idée du mouvement. Et c’est le corps, essentiellement féminin, qui a permis et qui permet de créer une architecture de ces mouvements, de cette synergie charnelle. Ce retour des corps et de leurs formes introduit dans la peinture de Sanoussi de nouvelles résonnances, une nouvelle appréhension d’une physique de la présence de l’autre, même si normalement on ne voit dans le corps qu’un souvenir du réel selon le travail de la description qui cherche à caractériser, à spécifier ; selon la codification des évocations visuelles, selon des thèmes organiques ou scéniques.
     Sanoussi, tout en s’inscrivant dans la tradition de la représentation des corps (le préalable du dessin, la vraisemblance des contours, l’identification des traits…), revient à l’évidence, à ce qui va de soi qui surgit comme question à résoudre par la peinture. Le corps objectivé dans le dehors spatial ou de la surface et en tant que simulacres ou tout simplement comme série d’images, se transforme en fil conducteur, en histoire d’une mise en ordre de positions et de dispositions particulières, dans le théâtre intime de l’observation et de l’amour des formes de l’autre. Car c’est là précisément que la peinture de Sanoussi pense ou pense à quelque  chose ou d’une autre façon cherche à penser par la peinture les corps. Le retour du corps rejoint ici la recherche d’une technique de travail à travers les motifs du corps. Restituer ces motifs repose la question de l’acte de peindre car la stéréotypie académique des corps exige son propre dépassement, exige un renouvellement.
     Le corps comme corps donné à voir sera toujours lié à  l’énigme de la présence, toujours propre à se laisser surprendre même s’il est drapé de symboles, de signes qui élaborent son appartenance à des cultures spécifiques et déterminantes. C’est là où la peinture ouvre une fenêtre de lumière et réinvente son observation et Sanoussi le fait à partir d’une variation, d’une obsession délicate et d’une volupté dans le regard. Cette volupté recompose indéfiniment  les positions du corps, en ce sens, elle le transfigure en « vertus courtoises » ; c’est – à – dire en postures sensuelles, parfois même extatiques. Les corps sont ici, stylisés, détachés de toute idée d’odalisque. L’artiste est attentif à associer le corps à l’expérience renouvelée de la peinture, aux couleurs, aux surfaces, à l’autonomie du corps installé souvent dans des environnements abstraits, sans objets familiers, avec des aplats d’un grand silence, d’une forte douceur.
     Le corps n’est-il qu’un concept chez Sanoussi ? Certainement qu’il en fait une raison de travailler dans une série, d’un corps à l’autre, dans une énergie esthétique et initiatique, cherchant le comment des choses, l’épuisement de la chose dans leurs variations, leurs évolutions comme corps déclencheurs de la trouvaille ; ou de ce qu’il appelle « la domestication de l’informel » ; en même temps il s’agit d’une rêverie à propos du corps délogé de ses voilements.
      Il y a dans le nouveau travail de Sanoussi la perception de la vérité du corps pour approcher de plus près ce qui fuit ; ce qui explique peut-être la posture presque  photographique des corps : ils sont regardés, observés, cloués sur place ; ils se donnent à eux-mêmes en impliquant le regard ou un angle de visée intégré dans l’espace de la toile. Cela se manifeste dans la séduction ; dans l’imprécision parfois de certaines parties du corps ou même leur effacement ou leur fragmentation, dans les états multiples. Le regard en devient tactile. On touche ou on a envie de toucher. L’œil caresse. C’est vraiment à l’accès au sensuel que la peinture nous invite ici. « Les mains voudraient voir, les yeux aimeraient toucher »  disait à peu près Eluard. Il y a là vraiment une tactilité de la vue qui conjure la distance morale avec les corps nus. Le « charme » a bien opéré. L’expérience émotionnelle est suscitée. Point de débordement ou d’hallucination, seulement de simples affleurements du désir de voir ce que l’autre féminin nous donne à voir dans le dépouillement  de sa présence ou de sa multiplicité visuelle. C’est une invitation au goût de voir et pourquoi pas au goût de vivre. Le nu initie à cela et peut-être à autre chose : par exemple à l’amour du visible, à l’ « amor fati ». Il s’agit bien de la réhabilitation du regard. Ce qui constitue l’essence même de la peinture et de la plasticité du monde.
     Par Hassan WAHI - Ecrivain et universitaire

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