Exposition de l’Artiste Abdellah Hariri à la galerie Bab Rouah du 31 Mars au 21 avril 2010
Non classé 26 mars 2010Vernissage le mercredi 31 Mars 2010 à partir de 18h30
La transe de Hariri
Nous recevons d’habitude les grandes nouvelles artistiques, comme si nous accueillons un nouveau né, comme s’il s’agissait à dire vrai d’une tendance innée, naturelle vers la découverte d’un plus et d’une nouveauté. C’est la satisfaction de notre curiosité toujours à la recherche de la différence, de la surprise et du plaisir visuel. Mais la question qui se pose consiste à savoir découvrir qui et quoi ? C’est là le plus important.

Je pense que toute nouvelle apparition artistique est un autre âge supplémentaire dans la vie d’un créateur, comme il en est de même pour le grand public avide de la connaissance, de la beauté et du plaisir. Mais ceci a un charme très particulier quand il s’agit d’un créateur qui se distingue par son expérience artistique étalée sur plus de quatre décennies. Quatre décennies de stress et d’apprivoisement d’idées, de suggestions et des couleurs. D’où cette série d’expérimentations des plaisirs et de l’effacement des traces qui bloquent tout élan aspirant à se lancer dans le monde de l’art et de l’innovation.
C’est de cet angle, pour le moins, que je vois l’expérience artistique de Abdellah Hariri, son amour et sa passion pour l’art plastique depuis plus de quarante ans. Notamment depuis qu’il avait quitté l’école des Beaux-arts à Casablanca à la fin des années soixante du siècle dernier, et avait décidé de partir vers l’Europe , partageant l’espace de ce voyage artistique entre la France, l’Italie et la Polonie, afin de compléter ses connaissances esthétiques, à l’instar de beaucoup de ses collègues artistes marocains, qui partent chacun d’eux vers une destination . Elle sera, plus ou moins, la capitale de sa marque dans l’art, au Maroc, qui était celle de la génération fondatrice de l’artiste.
Il est certain que Hariri, qui a gage des le départ sur l’exploitation de la dimension calligraphique, représenté par la lettre arabe dans l’espace de sa toile, n’a pas opté pour ce choix artistique pour fuir le regard misérable venu d’intrus à l’art, d’une part, ou pour éviter leurs projections gratuites d’autre part, mais c’était un choix dicté a la fois par une conscience artistique malheureuse, fruit de la déchéance des « gloires » arabes, et par le besoin de l’artiste à un label formant un espace fertile pouvant répondant à ses soucis artistiques personnels.
Certes, c’est cette atmosphère, entre autres, qui a poussé nombre d’écrivains, de poètes et d’artistes de cette génération y compris Hariri évidemment, à la recherche d’un brin d’espoir au milieu de cette ville cosmopolite telle Casablanca. Et ce pour leur permettre d’atteindre les couleurs des géographies du monde artistique. Cela explique la grande valeur dont jouit l’artiste marocain.
Il est à signaler, dans ce contexte, que Abdellah Hariri, parmi d’autres, notamment ceux qui l’avaient précédés, fut l’instigateur dans les années 70 du changement des convictions du regard marocain classique. Si le groupe artistique « 65 » avait comme priorité de sortir la toile de son cadre de « salon » limité, au grand public, comme c’était le cas à Marrakech et à Casablanca en 1969, Hariri, lui, avec son tempérament d’aventurier, et son intuition artistique, a réellement bouleversé le champ artistique en défiant le public marocain déjà fier par la fantasia des couleurs gratuites, en mettant celui-ci face à face des œuvres artistiques fêtant le noir comme « couleur non couleur », contrairement ce qui dominait, couleur perçue en 1975 lors de son exposition à la galerie « Atelier » à Rabat, comme couleur d’intimité, d’amour, de rêve et de sérénité. Laquelle exposition que je considère comme étant une étape décisive dans la réception d’une création nouvelle et révolutionnaire, non seulement pour Hariri mais aussi et surtout pour le répertoire artistique marocain.
Depuis lors, Hariri ne cesse d’innover et de créer des moments perturbateurs pour les uns comme pour les autres, guide comme il est par son intuition porté vers l’aventure, l’expérimentation et l’émerveillement. C’est pour cette raison lorsque tu vois Hariri en plein travail dans son atelier à Casablanca tu te sens devant un enfant qui joue ne faisant attention qu’à ses petites choses et ses petits détails, comme s’il faisait ses petits pas dans la vie. C’est pour cela que Abdellah ne parle jamais de ses œuvres en théoricien, comme si elles appartenaient à une tiers personne.
Dans ses dernières œuvres, nous découvrons l’une des âmes artistiques renouvelables de Hariri qui unit différentes étapes de son projet artistique, commençant par la présence de l’aspect actif de la lettre arabe au sein des autres composantes de la toile, passant par la présence d’ondulation des couleurs qui reflètent une condensation d’acte et d’explosion sémantique, en arrivant à une certaine diminution de ces deux aspects afin de transmettre l’essentiel.
La majeure partie des œuvres de Hariri est une nouvelle expérience où il travaille sur différentes composantes artistiques tout au long de sa carrière. C’est un moment de dévoilement, de pureté et de reconnaissance. Il est aussi un moment de soulagement. Dans ces travaux, sont présents les mouvements comme étant un ameublement artistique qui permet à la lettre d’être plus pure et plus neutre. La couleur y est présente comme une touche indépendante de son contexte démuni de tout sens. Avant tout, nous nous arrêtons sur ces cicatrisations calligraphiques résumant l’expérience de cet artiste qui a bouleversé le regard paresseux du récepteur depuis plus d’un quart de siècle.
Aziz Azghai
Poète et artiste plasticien

30 mars 2010 à 19:42
On y sera inch ALLAH!!!
3 avril 2010 à 2:08
trés trés beau ce genre de travail de hariru c’est nouveaux…merci