Vernissage le vendredi 09 avril 2010 à partir de 19h00

Mohamed Rachdi est un artiste résolument contemporain. Son expression esthétique peut prendre comme support des matériaux divers, immobiles ou en mouvement mécanique et électronique. C’est par exemple le cas de nombre de ses réalisations où il intègre des systèmes automatiques comme, des moteurs électriques, des pompes à eau, des systèmes de goutte-à-goutte… ou encore des bandes vidéos, comme ce qui apparut dans son exposition « Escales » en 2000 ou dans « Les dunes du désir » en 2001. On est alors, très souvent, en face de dispositifs d’installations.
Deux thèmes essentiels traversent l’œuvre de Mohamed Rachdi. Il y a la mémoire et le désir. Le premier thème pourrait prendre plusieurs noms. Il se réfère au mystère de l’origine, que celle-ci soit pensée dans la lignée généalogique matrilinéaire sous l’apparence du liquide amniotique ou dans le mythe des commencements de l’identité arabe référée aux oasis. Il y a donc d’abord un travail de construction d’une mémoire où l’on imagine des références identitaires. Celles-ci ont, à leur tour, diverses origines qui peuvent parfois être mêlées. Ce sont les « références mnésiques » de Mohamed Rachdi.
Prendre conscience de ces éléments ne permettrait certainement pas de tracer un portrait de Mohamed Rachdi. D’où l’intérêt de l’exposition que montre la Galerie Agora de Marrakech. Car il existe un deuxième thème dans la création de Mohamed Rachdi qui est celui du désir. Il traverse l’œuvre sous différentes formes. Il fut aussi, en effet, le désir de voir, en particulier de dérober des regards par des ouvertures diverses, portes, série de palmes parallèles pour guider le regard ou trous dans des murs. Il ne s’agit donc pas simplement de voir, mais de témoigner de l’existence d’un regard désirant. Mais désirs de quoi ?
Répond à cette question une série d’expositions commencée avec « Dunes du désir » en 2001 et « Les puits du désir » en 2006 dont les « Rosaces du désir » en 2009 et les «Oasis du désir » en 2010 ne sont qu’une continuation. Dans la première de ces expositions, sous des rouleaux répétant le motif transmis des chameaux d’Al-Wâsitî, c’est-à-dire sous des volumes évoquant les livres à l’ancienne, les volumens de jadis, on soupçonne des objets qui supportent des écrans ou qui convergent vers des nus botériens, antithèse de ceux de Giacometti.
Dans la seconde, on eut des margelles de puits comme symbole du passage entre notre univers et d’autres mondes souterrains. Ce thème du passage fut déjà présent dans l’exposition « Wahat Hawa » en 1997 lorsque les spectateurs étaient invités à pénétrer dans le corps de la mère originelle, de l’Ève primordiale en passant pas un vagin béant permettant de traverser l’espace maternel. Est alors brutalement mise en scène une forme de désir comme élan d’appropriation ou de réappropriation. Mais s’agit-il d’une contemplation esthétique qui suppose, peut-être, à la fois une distance et un détachement ?
Les « Oasis du désir » répondent peut-être à cette question. Que voit-on dans cette exposition ? Une collision d’espaces et de temps. On a des couples, le plus souvent, mais enfermés dans l’espace créé tantôt par des artisans européens, tantôt par des artisans marocains. Ces espaces prennent appui sur trois matériaux, tissu, plâtre ou zellige. Il s’agit apparemment bien de couple, de cette invention européenne du XVIIIe siècle que décrit littérairement Rousseau et qui remplace les grandes familles ou les familles étendues de jadis. Par rapport à ces groupes claniques, le couple revendique la liberté, mais il est ici enfermé dans des espaces clos de nature circulaire dont il ne peut s’échapper. Un premier paradoxe donc.
Il en est bien d’autres. Plusieurs de ces couples ou des femmes montrées ont une origine européenne très explicite. Elle est parfois très facile à trouver, parfois il est impossible d’en déterminer l’origine, surtout pour les personnes dont les images sont empruntées au présent. Mais ces personnages venus d’ailleurs peuvent figurer sur des fonds ou des décors manifestement marocains. Il s’agit alors de comprendre ces collisions spatio-temporelles.
Une troisième difficulté  vient qu’on célèbre le couple qui peut prendre l’apparence d’une femme seule (il n’y a jamais d’homme solitaire). Mais cette femme, une personne, peut se trouver réduite à un objet, la chaussure à haut talon, qui est un fétiche de l’imaginaire masculin. On est parti de deux personnes, on arrive aux représentations d’un seul être. Ces créations se révèlent alors être la narration d’un effacement.
     Il y est peut-être dit, dans toutes ces œuvres, quelque chose d’essentiel sur le désir qui serait, pour paraphraser une formule (superficielle) de Lacan, de vouloir donner à quelqu’un dont on pense qu’il ne le souhaite pas ce qu’on n’a pas. 
                                                      Jean-François Clément

Galerie AGORA
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Guéliz (Derrière l’Hôtel Agdal)
MARRAKECH
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