Ahmed Hajoubi expose “d’un rêve à l’autre…” à la galerie Delacroix - Tanger
Non classé 21 janvier 2012Vernissage le vendredi 27 janvier 2012 à 19h00
Ahmed Hajoubi et l’étonnement
« L’étonnement est ce qui, toujours, pousse les hommes à philosopher ».
Aristote, Métaphysique, 982 b 11.
A philosopher mais sûrement aussi à peindre, du moins l’œuvre d’Ahmed Hajoubi contribue-t-elle à nous en convaincre.
Ses toiles et installations relèvent de cette sensation originelle, remontant à notre enfance, quand nous étions saisis, surpris, incapables de mettre un mot sur un objet ou une sensation et que nous posions la question essentielle : « Mais qu’est-ce que c’est ? »
A ce moment précis la question n’a pas encore d’objet. Il y a là ce qui nous trouble et nous interroge mais qui ne se dit pas encore. Expérience d’avant le langage, d’avant toute médiation.
Sensation d’étonnement ici redoublée par le fait que l’œuvre d’Hajoubi est elle même construite autour de figures sciemment enfantines et déconcertantes. Mais ces traits sont d’une fausse ingénuité. L’artiste, pour le coup, est à la fois le Candide, le Huron ou encore le Persan qui nous déporte et nous contraint à voir notre environnement comme étrange(r).
L’institut français de Tanger est heureux de pouvoir accompagner au fil des ans l’affirmation du talent d’un jeune artiste déterminé à creuser son sillon sans se disperser, même s’il passe de la peinture au dessin, de la gravure à l’installation.
La philosophie tente de construire une syntaxe du monde à partir de l’étonnement, la peinture d’Hajoubi renouvelle, pour sa part, un enchantement primordial. Le peintre est le voyant et son mage omniprésent dans ses oeuvres, même sans regard, est le passeur vers ce que Yves Bonnefoy a appelé « l’arrière-pays ». Qu’il soit défini par un ailleurs métaphysique ou par le rêve, ce domaine cher au poète est celui où nous conduit Ahmed Hajoubi.
Et puis «Nous rions, rions jusqu’à ce que nos yeux déversent leur plein de larmes que les larmes deviennent mer que les larmes nous entraînent vers le fond»
Abdelkrim Tabal, “Le bonheur”, extrait tiré de La Poésie marocaine, Abdellatif Laabi, ed. La Différence, Paris, 2005, p. 245.
Alexandre Pajon: Directeur de l’Institut Français de Tanger - Tétouan
Galerie Delacroix: 86 rue de la liberté Tanger
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