Exposition du 22 mars au 22 Avril 2011

Refusant les clôtures et les situations limites, se cherchant sans relâche, variant les expérimentations et les prises de risque qui confèrent à l’artiste sa stature et sa force, Wafaa Mezouar semble avoir enfin trouvé l’apaisement. Une sorte de sérénité qui ne manque pourtant pas de légèreté et de gaîté, celle qui nous frôle de ses frêles ailes quand le sentiment d’être enfin sur la bonne voie nous advient. Ce qui est rare pourtant, mais surtout fugace et évanescent. Wafaa le sait, le sait pertinemment. Aussi s’était-elle acharnée depuis quelques années à déployer toute son énergie pour élaborer une plasticité qui saisit
ou devrait saisir. Curieux quiproquo ! L’artiste plasticienne fut elle-même saisie par cette ultime vérité que tout artiste découvre au moins une fois dans sa vie : la matière plastique est la chose au monde qui soit la plus apte à s’approprier les impulsions intérieures qui lui sont transmises par l’artiste tout au long de ses maniements et de ses manipulations.
La matière devient dès lors chair, chair vivante, chair sensible, capable de retenir les sensations les plus fugaces, celles qu’on ne peut capter et éterniser que par la force créative. Alors Wafaa se saisit d’elle, l’étale directement sur la toile en d’épaisses couches qui semblent palpitantes et agitées sous l’effet d’un mouvement physique vibrant. Comme s’il était inscrit dans l’ordre des choses qu’il n’y a que la chair qui sait répondre à la chair, comme l’écho sait lui seul répondre à l’écho depuis la fondation des œuvres et des arts. Qui pourrait ainsi bouder son plaisir, oui ce plaisir que procure la matière altière, communiante, parlante? Pas Wafaa en tout cas. Elle manie la matière, devenue confidente et amie, avec des gestes tendres et délicats comme le frisson qui naît d’une main aimante et caressante. Mais elle la secoue aussi quand elle devient distante et résistante comme le deviendrait parfois un corps vivant.
Elle déstabilise ainsi la chair rugueuse et pétrifiée de la matière par une gestique franche, rude, virevoltante pour faire émerger des éclats de lumière, des effets de relief, des fêlures chromatiques vibrantes et incandescentes par moments, calmes et apaisantes par d’autres.
On le voit bien : l’esprit de l’artiste s’est émancipé, la main s’est libérée et le corps tout entier s’est comme affranchi en échappant enfin à cette pesanteur, lourde et tenace, qui les maintenait comme asservis, soumis à l’inertie qu’impose non seulement l’horrible maladie. Et d’entreprise, revoi là Wafaa qui revient, comme de loin enivrée par la saveur de la vie qui est toujours là à humer, à toucher, à vivre. Après cinq longues années passées à organiser et encadrer des ateliers à la Villa des Arts, Wafaa décide de reprendre son aventure plastique. Elle se remet à peindre, tisser, sculpter avec
l’acharnement de celle qui en a été longtemps privée.
Texte de Mostafa Chebbak

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