Exposition de Bouchta El Hayani à la Bibliothèque Nationale de Rabat
Non classé Pas de commentaires »Vernissage le jeudi 13 janvier 2011 à 19h00

J’ai dit à Bouchta que j’aimerais voir, avant accrochage, les travaux destinés à la présente exposition. Nous voici donc assis, installés dans cet espace encore marqué par la présence de toiles de Mahi Binbine. En pensant à cette courte présentation, il me revient à l’esprit cette subtile suggestion propre à vous assurer quelques chances d’entrer dans l’univers d’une toile, si modeste soit-elle. Je ne sais exactement quel peintre célèbre en est l’auteur, est-ce Klee ou un autre grand nom, mais voici la recommandation qui s’avère bien féconde : Prendre une chaise, s’asseoir devant une toile et regarder. Le temps de la maturation, le temps pour que la toile s’ouvre, s’anime presque au point de sa naissance passionnante, expérience que nous sommes en train de vivre en regardant tour à tour quelques dizaines de toiles de Bouchta de datation différente. Personne, du moins je le crois, n’a songé à dire que la peinture se déguste comme on le ferait d’un vin ou d’un mets, façon de dire que le contact physique avec la chose peinte est déterminant.
On touche de l’œil comme on le ferait de la main.
Délectation d’un vrai plaisir. Toile après toile, on s’attarde, on s’arrête pour échanger quelques mots avec Bouchta, non bien sur pour quelque absurde explication ; là où trop dire et où le poids des mots, les grandes pompes de la métaphysique, l’enflure des tirades tuent l’esthétique pure. Disons quelques mots de l’écriture de Bouchta pour alerter le regard sans le confisquer, sans prétendre à un résumé exhaustif.
Je crois pouvoir dire qu’il y a chez lui un jeu subtil comme un dialogue entre les formes, le trait et la texture de la peinture, cette matière vivante qui parle, invite à suivre le regard du peintre ; cela peut être, par exemple, des murs porteurs de traces, de signes qui revivent transposés en écho, à l’émotion qui leur a donné naissance. Se rencontre ainsi et se vérifie cette poétique de la matière, cette sensibilité à la matière essentiellement matière qui, à mon sens, conditionne la création dans l’espace des arts plastiques et détermine les chances de réussite …
Serait-ce trop s’avancer que de dire qu’à partir de là s’affirme la vocation de peindre.
Pour que nul n’en ignore, et sans l’ombre de la moindre complaisance, je voudrais préciser et que mon cher Bouchta, en toute modestie, est incontestablement de longue date un de nos peintres qui s’inscrit dans la très riche histoire de la peinture marocaine. J’aimerais dire, en toute vérité, et qu’elle que soit la part précise de sa contribution, que Bouchta figure parmi ceux de nos peintres qui ont fait, font encore, par leurs travaux que la peinture marocaine soit ce qu’elle est aujourd’hui dans son bel et magnifique essor.
Edmond Amran El Maleh



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