Exposition du 1er au 20 Juin 2011
COULEURS TERRE…
Les mots de l’artiste …
Les émotions de la terre …
Couleurs Terre – un tournant dans ma vie d’artiste
Ce titre évoque de façon explicite les couleurs de la terre en considérant ses multiples facettes, tous les aspects qu’elle peut prendre lorsqu’elle exprime sa douce quiétude ou sa terrible colère. Notre terre est belle et généreuse mais elle peut devenir tsunami, séisme, irruption volcanique ou encore ouragan…
A travers les couleurs, les formes et les lignes, je voudrais capter une lumière et la restituer pour traduire une ambiance, un mouvement, et rendre compte de la vie.
Je puise mon inspiration dans les éléments naturels. Je suis sensible aux expressions de la vie et réceptive de la subtilité des tourbillons de l’eau, à la légèreté du souffle du vent qui menace de s’intensifier. Je suis fascinée par la sombre profondeur d’une forêt, l’énergie qui se dégage d’un tronc d’arbre, la lumière du petit matin, les reflets du soleil couchant sur les vagues de l’océan, la brise d’un soir d’été qui agite les feuilles d’un chêne centenaire.
Je voudrais que ma peinture traduise fidèlement l’alliance de ces éléments dont la liberté n’a de limite autre que les moyens qu’ils ont de s’exprimer.
La chaleur d’un vent du sud qui fait tourbillonner les grains de sables me touche, le fracas d’un arbre coupé qui s’abat sur le sol ou celui d’une vague géante qui saccage tout sur son passage me troublent et un vol d’oiseaux qui dessine des courbes harmonieuses dans un ciel d’été m’émeut.
Je voudrais interpréter la force des vents et marées ainsi que la fragilité d’une dune de sable. J’aimerais pouvoir saisir tellement d’instants forts et délicats à la fois et en faire une traduction picturale.
Mon envie de rendre compte des états d’âme de notre terre bouillonne en moi et voudrait sortir voir le jour en s’étalant sur une toile. Une toile que vous recevez sans clé de lecture particulière. A vous d’y distinguer ce que j’ai essayé de vous offrir à voir!
Dans le croisement de nos regards, le doute s’installe… Je voudrais exprimer tellement de chose, mais est-ce que j’y arrive ? Percevez-vous l’émotion qui m’a guidée dans mon cheminement artistique pour s’emparer de tous ces faits terrestres?
Couleurs Terre représente un tournant dans ma vie d’artiste, je ne veux pas dire un
aboutissement, car je sais que la trajectoire artistique est faite de moments clés à l’instar de celui-ci. Et j’espère que le meilleur reste à venir.
Couleurs Terre, une méthode faite d’émotions.
Face à une toile vide, ma première envie est de la remplir. Mais comment? En tenant compte des pleins et des vides, de la matière qui constitue le fond du tableau, du clair et du sombre, de la répartition des masses, de l’écriture, de ce qu’on peut dévoiler et de ce qui doit rester obscure… Mon souci est d’étaler toutes ces choses sans trop de “bavardages”, car il n’y rien de plus agaçant qu’une toile qui parle trop!
Mon second souci consiste à faire passer toute l’émotion qui m’anime à ce moment là, au travers de tous ces éléments techniques.
Dans mes travaux intitulés Couleurs Terre, je me suis imposée plusieurs contraintes.
D’abord, dans le choix de la palette de couleurs : l’harmonie est limitée à des teintes terre, sable, poussière… Ce qui représente une importante difficulté à mes yeux, moi, qui me passionne pour la couleur.
La deuxième contrainte que je me suis imposée limite le nombre de mes interventions pour chaque toile. Une intervention peut correspondre à une ligne, un trait, une forme bien déterminée… Le défi pour moi a été de voir jusqu’où je peux aller avec ces éléments sans courir le risque de me répéter.
S’imposer des contraintes rend la création plus passionnante dans la mesure où il y a un travail de recherche plus important. Je pense que le travail d’artiste s’inscrit dans une certaine facilité lorsque l’on dispose d’une large palette de couleurs et d’une large gamme de lignes et de formes.
Avec ces contraintes, je voulais sortir de la gamme de bleu dans laquelle je me sens particulièrement à mon aise. Toutefois, je constate que le bleu gagne un peu de terrain au fur et à mesure que le travail progresse me permettant ainsi de mieux cerner mon propre rapport aux couleurs.
De l’imprécision à une peinture faite de dualisme Je ne traite pas d’un sujet dans mon travail, d’ailleurs, je ne peux pas parler de sujets en ce qui concerne ma peinture.
Avant de commencer une toile, je n’ai pas une idée précise de ce que je vais peindre. Je commence par préparer un fond rapidement.
La précipitation avec laquelle je donne corps au support de mon travail contraste avec le long moment de contemplation et de méditation qui la suivent. Une phase de réflexion où la prise de recul est nécessaire pour avoir une vue globale.
C’est là que la magie opère ! Il y a quelque chose qui se dégage, qui émerge et qui a besoin de mon aide pour venir au monde. Une forme ici, une ligne là, une ombre par ici, une lumière par là.
Une dualité émerge entre l’ombre et la lumière, le jour et la nuit, deux forces égales qui s’affrontent… Mon intervention se fait sous forme de passages, tantôt, vertical, rigide et net ; tantôt en souplesse dans des courbes et des arrondis. Par moment, mon passage se fait discret en investissant le flou, et à d’autres, il se fait bien présent dans un élan d’affirmation presque revendicative.
Ainsi le travail se construit quand tout se passe bien.
Hélas, l’accouchement ne se fait pas sans douleurs. Il y a des moments où quelque chose m’empêche d’avancer et je ne sais plus dans quel sens faire évoluer la toile.
Il y a quelque chose qui dérange et qui génère cette situation de blocage. Certes, mais quoi? Le malaise s’installe et toute la difficulté pour l’artiste est d’en sortir.
La seule solution consiste à mettre la toile de côté et à vaquer à une autre occupation.
Parfois après quelques jours de repos, la création trouve une issue, un aboutissement. Il arrive néanmoins que je sois dans l’obligation de retourner à la case de départ.
La création n’est-elle pas un renouveau perpétuel ? Seulement, il y a des jours avec, comme il y a des jours sans…
Un mot pour vous !
Mon souhait est que celui qui regarde ma peinture puisse rentrer dedans, qu il soit enveloppé par elle, et qu’il évolue dans un monde entre le réel et l’irréel.
Drissia Aouididden
Galerie Mohamed El Fassi: 1, rue Ghandi Rabat

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