Du 11 février au 26 mars 2011
Moulay Youssef Elkahfai
Instants fugitifs
Le rêve en gestation On ne saurait par quel artifice Moulay Youssef Elkahfai conjugue à la fois intensité de l’expression et quête de la lmière, ou encore sensibilité à la limite du lyrisme et libre association de visions surréalistes. L’œuvre de Moulay Youssef Elkahfai renie quelque paternalisme désuet, échappe à toute classification et de ce fait elle se suffit à elle-même, ressemble à elle-même.
Le peintre se réfugie loin du vacarme et du grouillement de la ville dans son temple d’artiste à Teghdouine, où ses créations - peintures, gravures, lithographies, sculptures, etc - ornent chaque espace disponible du lieu et où il se retrouve seul, entouré ou face à ses modèles. C’est dans cet autre espace-temps que l’artiste va se livrer à déconstruire le sens commun de la vie pour se construire son propre sens; Il va pour cela se déconstruire lui même pour retrouver l’enfant qui vit toujours en lui, car : « Le sens de la vie personnelle est de retourner à l’enfance, ou plutôt de faire apparaître à nouveau l’enfant qui n’a jamais disparu ».
L’artiste prend son fusain, donne quelques coups de dessins pour délimiter les contours de ses protagonistes, les construit en bon « réaliste » pour transcender ensuite lignes et structures. Il déconstruit les formes qui se veulent vagues, amorphes, parfois même d’une curieuse laideur, par une gestuelle qui ne se veut point maitrisée, afin, explique t’il de « mieux voir l’essentiel ». La palette où souvent un camaïeu de noir domine, une façon pour l’artiste de conjurer ses craintes?
s’élabore en même temps qu’un semblant de personnages en gestation. Des personnages qu’une féconde lumière enfante. La lumière kafkaïenne est matière, elle seule est à même de ressusciter ce qui a été décomposé : la forme.
Il s’agit de donner vie à une émotion, quelques émerveillements enfouis, saisis sur le vif avant que la culture, les convenances s’en mêlent. Voilà pourquoi les visages s’embrouillent, les traits s’émiettent. Autant de scènes en «condensation » ou en « déplacement » qui s’offrent au regard, qui s’apprêtent à être vécues et nullement démêlées. Il s’agit d’aller à la rencontre d’hommes ou de femmes, sans profils particuliers ; ils peuvent être d’ici ou d’ailleurs, seuls en méditation ou associés à d’autres personnages, allongés ou se tenant sur leurs séants.
 
Le plasticien crée des nus et des corps majestueux, dans des postures languissantes et sensuelles et qui n’enlèvent rien à cette pudeur puérile que l’artiste tient à préserver. Moulay Youssef omet les détails. L’exactitude l’importe peu. Il peint autrement car il perçoit autrement, et ce qu’il perçoit va au-delà de la dimension physique. Les Indous parlent dans leur culture ancestrale d’Aura ou de Corps éthéré, ce corps fait d’énergie et de couleurs. C’est ce que notre artiste peint, il saisit cette énergie, cette émotion qu’il perçoit, une espèce d’âme qu’il s’efforce de capter et que seule la subtilité d’un artiste est à même de saisir.L’œuvre finie, elle s’offre volontier à l’œil du regardeur qui tout de suite se trouve saisi d’une vibration. D’où vient cette sensation? « Le mouvement est comme rien » disait Galilée, le personnage kafkaïen est presque dans ce sens, un être qui se meut dans l’immuable. Cette vibration naît d’une osmose, d’une communion entre le personnage et les éléments alentours. Cet environnement constitue à lui seul un autre univers. La lumière intense enlace, elle embrasse amoureusement les corps tout en laissant éparpillés ses lueurs, ses rayons, tantôt d’une blancheur éclatante, tantôt d’un bleu d’une nuit éclairée, ou alors d’un rose mélangé à une couleur de peau sublime. Moulay Youssef Elkahfai se délecte dans son rapport à la lumière et nous fait rêver de ce je ne sais quoi d’étrangement beau et insaisissable.
Hajar Moussalit El Alaoui
Marrakech, 2010

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